Alors que le gouvernement envisage d'étendre le quartier d'affaires de la Défense sur le territoire Nanterrien, le Parti socialiste local organise un cycle de débats pour éclairer le futur qu'on veut nous imposer.

Le 16 octobre dernier, dans la salle des congrès, a eu lieu le premier débat.
"Tour Aillaud, Grande Arche et demain : Les enjeux de la densité".

L'invitée, Elisabeth Pelegrin-Genel est Architecte et urbaniste et a réalisé des immeubles de bureaux. Elle est l'auteur de deux livres "25 Tours de bureaux" et "Ambiances, densités et développement durable". Un débat au cœur de la problématique Nanterrienne, animé par Didier Debord, secrétaire de la section PS locale, Bruno Chanut Vice président de l'Epasa et Marie Laure Meyer, conseillère régionale et membre de l'Epad.

Présentation du débat

L'idée de ce débat est de parler du développement des terrasses Seine Arche et de Nanterre, au moment même où l'actualité (rapport Lelarge et nomination d'un Directeur Général communs aux établissements de l'EPASA et l'EPAD) justifie ce type de réunion.

Le but est de définir avec la population un projet alternatif au projet de l'Etat; celui que nous souhaitons bâtir pour Nanterre.

Un petit rappel :
Seine Arche 1 : aménagement sur 17 terrasses, qui débutent à l'arrière de la Grande Arche et se prolongent jusqu'à la Seine. Cette opération définie par l'Epasa en concertation avec l'Etat mixte bureaux et logements. Les immeubles sont de taille moyenne et sont bordés de verdure

Seine Arche 2 : concerne l'aménagement du secteur des Groues. Un architecte a mené une étude, mais les projets en cours sont remis en cause par l'Etat qui souhaite prolonger le quartier de La Défense sur ce quartier de Nanterre, via la mise en place d'un PIG projet d'intérêt général, sans concertations avec la municipalité et les Nanterriens, sous pilotage du conseil général et sans cohérence avec les règles d'aménagement de l'Ile de-France.

Si on prend l'exemple des tours Aillaud, quelle approche faut-il avoir avec les tours? Nous avons une perception contrastée des tours : Beau ou laid, fonctionnel ou pas. Comment les relie t-on à la ville ?

L'intervention d’ Elisabeth Pelegrin Genel.

Les tours ont toujours été un sujet de débat depuis leur naissance et même avant, avec la tour Babel qui se voulait suffisamment haute pour atteindre le ciel et qui exprimait déjà le désir de gloire et de puissance des hommes.

Depuis toujours, la construction en hauteur est une préoccupation : ziggourats, pyramides, cathédrales et beffrois ont toujours eu une dimension symbolique et cherchaient à exprimer la puissance religieuse ou politique d’une époque.

Depuis un siècle les constructions de grande hauteur ont quitté le domaine spirituel et religieux pour devenir un enjeu économique.

La tour Eiffel qui avait une vocation éphémère au moment de sa construction pour l'exposition universelle de 1889 était une vitrine économique et est devenue un monument emblématique.

A partir de ce moment, les hommes se mettent à construire de plus en plus haut. C'est la naissance des gratte-ciels et des lieux de travail.

Course à la hauteur, jusqu’où ?
Les grandes tours ou gratte-ciel sont apparus pour la première fois dans les régions de New York et de Chicago vers la fin du 19ème siècle. Cette nouvelle approche architecturale permettait de faire face au prix élevé du terrain.

A ce moment les gratte-ciel étaient uniquement fonctionnels, l'aspect extérieur passant au second plan.

A partir du 20 siècle, une approche esthétique se développe. Le gratte-ciel présente avant tout une vision de prestige que recherchaient les investisseurs et architectes, (une majorité d'hommes), avec la renommée de posséder la plus haute tour du monde.

Cette course ridicule a donné lieu à des prouesses techniques. Van Allen change le dôme classique qui coiffe le Chrysler building en cours de chantier quand il apprend qu’un bâtiment en construction risque d’être plus haut. Peine perdue, le Chrysler se fera détrôner un an plus tard par l’Empire State building.

On dissimule jusqu’au dernier moment la hauteur finale pour ne pas se faire « griller » depuis longtemps. On ne connaît pas encore la hauteur définitive de la tour Burj Tower à Dubai (512M) et déjà on en annonce une autre de plus de 1 km de hauteur.

La hauteur des tours semble ne pas connaître de limites

L'innovation des matériaux et la volonté humaine permettent de construire des tours toujours plus hautes au-delà des 1000m et de défier l'inimaginable; un projet gigantesque de tour haute de 4kms autour du Mont Fuji-Yama est à l'étude au Japon depuis plus de 30 ans.

A New York, les évènements du 11 septembre 201 n'ont pas changé les ambitions de hauteur. Le film la tour infernale a davantage marqué les esprits sur le thème de l'angoisse liée à la hauteur.

Le 11 septembre a occulté cette peur. Une tour est un laboratoire architectural, un laboratoire d’innovation. Elle excerce une fascination ou une répulsion mais elle conserve une image toujours « moderne »

Même les tours et les barres si décriées aujourd’hui avaient une image moderne à l’époque

Les tours c’est aussi un symbole de vitesse, vite, vite, vite. Une réponse rapide (trop ?) rapide aux problèmes d’aujourd’hui

Et en France ?

En France, on ne sait pas faire de la densité. Une tour appelle une tour mais contrairement à une idée répandue, les tours ne sont pas denses. Tout proche de nous, le quartier de la Défense n'est pas dense. Le cos (coefficient d'occupation des sols) est inférieur à 0,75; on parle de densité au dessus de 1.

A titre indicatif, un cos de 0,5 c’est soit une tour de 11 étages, des petits collectifs de trois niveaux, ou 24 pavillons individuels. Un cos de 4,5 jusqu’à 5/6 c’est l’habitat haussmannien. Un grand ensemble c’est 0 ,75 à 1 et souvent bien moins

New York est la ville d'excellence en termes de densité réussie.

En France on est réticent vis-à-vis des grandes tours. On reste attaché à des constructions Haussmanniennes avec des hauteurs raisonnables.

Les projets de constructions de plusieurs très hautes tours à la Défense à échéance de 2015 dépassant les 300m, ne font pas l'unanimité.

En France, on ne sait pas faire de la mixité. Mixité habitat- tertiaire, commerce- hôtellerie mais aussi mixité sociale en France on ne sait pas vraiment faire mais on commence et tout le monde s’accorde sur cette nécessité de la mixité pour ne pas recréer des ghettos verticaux

Qu’est-ce qu’une tour ?
Une tour c’est soigner le pied.
Décoiffer la tête.
Eviter la monotonie des plateaux.
Gérer le vertige et l’angoisse.
Recréer une relation à l’environnement.

Soigner le pied : on a des exemples réussies New York avec des quartiers en pleine rue, et non pas des dalles comme on a fait notamment à la défense (le quartier le plus vaste sur dalle en Europe, mais coupé du reste des villes avoisinantes.)

Décoiffer la tête, trouver des usages pour tous pour ouvrir la tour. Le problème c'est la sécurité. Les tours sont souvent des bunkers ce sera peut être le problème crucial de demain

Monotonie des plateaux, c’est aussi une histoire de circulations comment favoriser les rencontres dans des couloirs sinistres ou des ascenseurs ?

Développement d’espaces publics au cœur des tours et au rez-de-chaussée ? Comment ?

Interrogations d'aujourd'hui.
La question est de savoir pour qui faire des tours ?
Est-ce un moyen d'améliorer un cadre de vie ou simplement une marque de supériorité pour afficher sa puissance?
Peut-on réintégrer de la familiarité, de la banalité, de la mixité?
Une tour peut-elle être verte ? Quels enjeux de développement durable ?
Quelles formes et quelles typologies
Quels couts : cout d’une tour, cout d’usage et d’entretien, gardiennage parties communes….

Les tours de demain se doivent d’être « propres ». Les nouvelles tours telles que celles de La Défense seront écologiques, avec des fenêtres produisant de l'énergie, des panneaux solaires et des éoliennes.

L'avenir ce sont les Tours vertes. Ce sont des Tours qui permettront une relation avec la nature, avec des espaces et des arbres, comme c'est déjà le cas en Allemagne avec la tour Foster Commerzbank.

L’objectif est d’optimiser l’utilisation des énergies renouvelables et de tendre vers une autonomie énergétique de ces bâtiments du XXIème siècle.

Que font les autres ? Quelques exemples dans le monde.

Les Usa sont historiquement un laboratoire où existent une floraison de formes et d’écoles, avec de habitat dans les tours associés à du standing et du luxe. La démarche est néanmoins de plus en plus écologiste.

En Asie, on construit dans l’urgence, pour loger le plus grand nombre. On crée des lieux de travail pour tous avec aussi une tendance au luxe. Il existe une mixité notamment au japon avec des équipements au sommet comme des musées.

Aux Emirats arabes, on est dans le record, avec des formes tarabiscotées et très figuratives, où prévaut le grand luxe. En Europe on trouve des positions plus nuancées. On est moins dans une course à la hauteur encore qu’avec les pays d’Europe de l’est c’est en train de changer. Ce sont traditionnellement des lieux de travail, mais on commence à développer l'habitat.

La position française c'est le traumatisme des barres et des grands ensembles. Il ya un problème de pied. La tendance est de se réfugier dans le geste architectural, avec une tendance aux formes molles et désarticulées.

La présentation s'est terminée par une séance de questions/réponses entre les intervenants et le public.

Prochain débat, début décembre. La date et le lieu seront communiqués prochainement.

   
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