Par Sophie Donzel

Il règne décidément un microclimat sur Neuilly et, partant, sur la cantonale de dimanche.

Il y a d’abord cette fâcheuse tendance du Sarkozysme à rechigner au partage du pouvoir : Neuilly et les Hauts-de-Seine passeront donc de Nicolas à Jean. Affaire de famille, affaires en famille… et les arrangements de La Défense seront bien gardés. L’électeur, fût-il UMP, sera heureux de la place qui lui est réservée dans ce schéma familial et s’étonnera peut-être de ce curieux atavisme qui consiste à décliner avec le même ton péremptoire les mêmes fausses évidences pour porter la même écharpe tricolore. Quel programme…

Mais on accorde moins d’importance à une autre dérive de notre vie politique dont la cantonale de Neuilly se fait l’illustration : la privatisation d’une élection au profit d’un territoire. Jean Sarkozy, dans Le Figaro du 20 février dernier, justifie ainsi sa candidature : « je m’investis pour ma ville et je me mets au service des Neuilléens du canton sud ». Citoyens du 9-2, circulez, y a rien à voir. Le conseiller général Sarkozy n’a que faire des destinées du département, seule l’intéresse la riche Neuilly-sur-Seine. En voilà un qui risque de s’ennuyer ferme s’il s’attend à ce que toutes les séances de l’assemblée départementale traitent de « sa » ville. Une bonne âme se dévouera-t-elle pour offrir à Sarkozy junior un cours de rattrapage sur les compétences du Conseil général ? Certainement pas François Fillon. En mai 2007, l’actuel Premier ministre, se vantait dans les colonnes d’hebdos à gros tirages qu’il était candidat aux élections législatives pour « défendre à Paris les intérêts de la Sarthe ». Ah bon. Et écrire la loi, ça, non ?!? Que François Fillon ait oublié les rudiments du droit constitutionnel est une chose, déjà navrante, qu’il s’adresse aux habitants de sa circonscription avec pour seul argument un pieux « plus près de toi mon Dieu » en est une autre, consternante. Mais qu’il se prévale en plus d’une telle confusion des genres comme un gage d’efficacité politique, voilà qui est véritablement mortifère. Pour nos institutions et pour le débat politique.

Mais enfin quoi ? est-ce là la démocratie locale : l’héritage et l’égocentrisme ?

Non. La démocratie locale est évidemment autre chose, quelque part du côté de la défense de l’intérêt général à travers le mandat pour lequel on a été élu et pas un autre : écrire et contrôler la loi lorsqu’on est député, définir et conduire les politiques départementales quand on est conseiller général, penser l’avenir de la ville et assurer le bien-être de ses habitants lorsqu’on est investi d’une charge municipale.

Si les hommes et femmes politiques perdent cette boussole élémentaire, les citoyens ne pourront que perdre la (maigre) confiance qu’ils leur accordent (encore).

Sophie Donzel

3 mars 2008

   
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