Le groupe des élus socialistes a déposé une contribution pour dénoncer ce projet dans le cadre de l'enquête publique portant sur la révision du Plan Local d'Urbanisme (PLU)

Enquête publique portant sur la révision simplifiée du Plan Local d'Urbanisme (PLU).

Contribution déposée auprès de Monsieur Pierre Pélatan, Commissaire-Enquêteur.

Nous, élu(e)s du groupe socialiste de Nanterre, domicilié(e)s à l'hôtel de ville, 88/118 rue du 8 mai 1945 à Nanterre, souhaitons porter à votre connaissance, nos remarques et suggestions concernant les choix urbains soumis à enquête publique dans le cadre de la révision simplifiée du PLU.

Nous sommes en désaccords avec le projet de création d'un complexe commercial ARENA aux portes de la Défense, sur le territoire de Nanterre, et ce malgré les nombreuses interventions défavorables de citoyens et d'associations qui se sont exprimés lors des quelques réunions organisées et à l'occasion d'une pétition. Voici les principaux griefs que nous souhaitons voir pris en compte dans le cadre de votre mission.

 

  • Le caractère d'urgence accordé à ce projet n'est pas justifié. Cela conduit à un manque de concertation et d'information des habitants, et à des décisions ficelées avant même que le résultat des études en cours soit connu et débattu. En à peine quelques mois, tout a été défini : le lieu (le stade des Bouvets), la taille (40.000 places), la finalité (des spectacles commerciaux et l'accueil du Racing Metro 92), et même la date de début des travaux (fin 2011) alors que la procédure de demande de permis de construire ne peut être encore réglementairement entamée.

  • L‘ARENA 92 est avant tout une salle de spectacle de grande dimension, projet éminemment commercial sans aucun caractère d'intérêt général. Le sport n'est qu'un alibi pour permettre l'organisation de spectacles commerciaux objets d'une activité publicitaire indispensable à leur économie : cette salle portera le nom d'une marque et le nom Nanterre n'apparaîtra nulle part. La rentabilité supposée du projet n'est confortée que par la construction de m² de bureaux dans l'enceinte même du complexe, obligeant l'architecte à ne construire vraiment des gradins que sur trois côtés de l'aire de jeu et de spectacle, disposition atypique pour ce qui se voudrait un stade.

  • L'ARENA 92 ne porte le nom de stade que pour essayer de légitimer l'utilisation de l'emplacement du stade actuel des Bouvets et tenter de justifier un soi-disant respect du Code du Sport précisant toujours dans sa dernière version consolidée d'octobre 2010 les conditions sur la préservation d'un équipement sportif. Il s'agit en fait d'un détournement de la loi compte tenue de la réalité commerciale du projet de salle de spectacle.

  • Le projet initial porté par feu l'EPASA est balayé. L'installation de ce grand complexe aux portes de la Défense et de milliers de mètres carré de bureaux au détriment de logements le rend caduc. La perspective de l'arrivée de ce projet fait déjà repartir la spéculation immobilière de plus belle comme sur le boulevard des Bouvets, où SILIC va remplacer ses 30  000 m² de bureaux actuels par la construction de 120  000 m² dont 85  000 m² de bureaux, 20  000 m² de logements et 10  000 m² d'hôtels, soit un rapport de 1 m² de logement pour plus de 4 m² de bureaux. Sur la ZAC Seine Arche, dont les objectifs d'intérêt général sont toujours en vigueur malgré la fusion des deux établissements publics EPASA et EPAD, le déséquilibre bureaux-logements devient encore plus criant ; l'intention initiale d'un aménagement partagé et équilibré au bénéfice de tous, inscrite dans les textes fondateurs de la ZAC, est bafouée.

  • Fragilisation commerciale assurée du quartier du Parc Nord. Depuis des années, la ville essaye de dynamiser l'activité commerciale dans ce quartier, en dehors des horaires de bureaux et au profit des habitants du quartier. L'arrivée de milliers de mètres carré de bureaux va casser la fragile dynamique du commerce de proximité et risque de replonger ce quartier dans une logique de type « dortoir ».

  • Des nuisances qui explosent pour les nombreux riverains. Afflux de milliers de voitures et d'autocars, intense trafic les jours de matchs et de manifestations entre 18 et 23 heures, alors même que la ville essaye de diminuer la place de la voiture en ville. Pollution sonore liée à la présence en masse du public sous les fenêtres des habitants qui vont devoir subir des nuisances récurrentes près d'un jour sur trois tout au long de l'année. Comment accepter l'installation d'un équipement de cette taille à proximité immédiate de milliers de résidents ?

  • Sur saturation des transports en commun lourds existants. Malgré les affirmations de l'exploitant, la complémentarité évoquée des flux de voyageurs dans les transports lourds, et tout particulièrement le RER A, est un leurre. L'amplitude des périodes de pointe ne cesse d'augmenter, tout particulièrement à la Défense comme le rappelle sans cesse le Syndicat des Transports d'Île-de-France (STIF), laissant craindre un croisement plus que délicat entre les salariés quittant leur lieux de travail et les spectateurs arrivant au spectacle. Aucune étude détaillée et indépendante ne vient confirmer la vision idyllique de cette complémentarité supposée ni n'envisage les dispositions nécessaires pour assurer la sécurité de cet afflux de voyageurs dans la gare cœur transport.

Nous souhaitons émettre les contre-propositions suivantes :

  • L'expression des Nanterriens doit être respectée, en organisant une réelle concertation, faite notamment avec les habitants et les commerçants du quartier concernés. Le caractère d'urgence injustifié mais imposé pour cet aménagement, est contraire à la démarche réclamée par les citoyens pour un projet de ville maitrisé et partagé.
  • Accueillir le Racing Métro 92 peut être une chance pour Nanterre, mais d'autres alternatives sont possibleset n'ont pas été explorées. L'installation d'une équipe de rugby de niveau international serait positif pour l'image de la ville et créateur d'activités bénéfiques à condition que l'activité sportive ne se limite pas, comme cela est prévu, aux 13 matchs à domicile du Top 14. Notre alternative serait de construire un stade moderne équivalent à ceux en projet pour d'autres clubs français de stature internationale comparable comme le Stade Français ou l'ASM Clermont (17.000 places contre 40.000 pour l'ARENA92 !) qui mettrait en avant Nanterre. Ce stade serait accessible aux clubs de la ville (possibilité exclue aujourd'hui par le futur exploitant pour des raisons commerciales) et pourrait aussi accueillir des tournois de sport amateurs et des manifestations culturelles. Le stade des Bouvets pourrait être aménagé dans le but de faciliter l'accès au sport à tous : ouvert midi, soir et week-end, accessible aux salariés de la zone, aux jeunes comme aux familles. En conservant un vrai stade ouvert à tous, l'esprit et la lettre du Code du Sport seraient ainsi enfin respectés, l'équivalence indispensable entre l'équipement existant et son remplaçant étant alors assurée.
  • Inscrire ce projet dans le respect des principes de la ZAC Seine Arche dans laquelle il se situe. Cela signifie réaliser des aménagements qui limitent la constructibilité de bureaux et favorisent la réalisation de résidences d'habitation aux statuts diversifiés (locatif HLM et privé, accession à la propriété dont l'accession sociale, grands et petits logements...) et d'équipements publics vraiment utiles, tout en privilégiant un traitement paysager novateur des espaces publics et privés. C'est la condition indispensable pour renforcer la fonction de brassage économique, social et culturel du quartier du Parc Nord, qui par une plus grande et indispensable diversité d'équipements et de commerces, améliorerait ainsi la qualité de vie des habitants.

Nous espérons que votre rapport permettra d'infléchir les choix discutable que porte ce projet soumis à l'enquête publique dans l'intérêt d'un « mieux vivre ensemble à Nanterre » pour l'ensemble de ses habitants et salariés.

Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Commissaire-Enquêteur, l'expression de nos salutations distinguées.

Patrice Marchal
Sophie Donzel
Didier Debord
Zacharia Ben Amar
Sylvie Cabassot
Fatna Chouaikh
Bruno Chanut
Laurent El Ghozi
Marie-Laure Meyer
Habiba Benaddi-Bigdade
Nadia Zbida
Thérèse Ngimbous
Rachid Tayeb
Michel Hieu
Maïa Rohner

 

   
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